Puisque je m'étais promis de reposter ce truc
I
Je rentre de soirée et il est quatre heure du mat'. Je ferme la porte d'entrée en silence. Je suis sobre, pas comme toujours. Je me précipite dans la cuisine en espérant trouver quelque chose à me mettre sous la dent. De la rosette en tranche et un peu de fromage accompagnés d'une bonne gorgée de sprite pour faire passer tout ça feront l'affaire. Je me dis alors que je ne pourrait pas être starlette à la télé; alimentation trop grasse, trop de clopes et d'alcool et surtout un vocabulaire trop provincial. Même si on me félicite toujours de ma réussite scolaire, je ne suis absolument un modèle pour personne.
Il se fait tard... Je me branche sur internet, tout le monde est en ligne mais personne ne parle, triste monde tragique comme dirait Daria, héroïne animée de la série éponyme qui passe parfois sur MTV. Je réalise alors que les gens qui sont dans mes contacts de messagerie instantanée sont connectés 24/24h par espoir que quelqu'un daigne peut-être leur parler. Trop de réflexion...je regarde mes mails, hum, trois messages: « vous avez un commentaire sur myspace de zaza », je clique donc sur le lien et surlis « coucou ma belle, alors ça fait un bail donne de tes news, faudra k'on aille se boire un verre un de ces 4, poutous jtm ». J'ai même pas envie de répondre, je ferai ça demain, les autres mails m'annoncent que j'ai perdu une enchère sur ebay et que je n'ai pas cours de socio demain. Je vais me coucher, j'ai eu ma dose de lecture instructive pour ce soir.
Je ferme à peine les yeux quand le vibreur de mon téléphone se met en marche «
-c'est pas vrai on peut jamais être tranquille, qui peut avoir besoin de me parler à cette heure-ci? »
C'est david, un mec qu j'ai rencontré à une fête y'a deux semaines chez une fille qui était dans ma promo en première année et qui a abandonné car elle préférait fumer des pétards avec sa coloc un peu hippie: « Salut charmante demoiselle, ça ma fé plez 2 te voir ce soir à lescal, t'es en after ou tu dors?ça te di kon svoye ds la smain? ». A en croire tout le monde je suis vraiment une merveille « belle et charmante », et ben putain il leur en faut peu. Je suis un peu sarcastique parfois mais la gentillesse a ses limites que les limites ignorent (je m'emporte un peu là). Je lui répond pas, sachant que je ne dormirai pas sinon (et oui un texto en amène plein d'autres ainsi qu'un hors forfait incroyable). Je sombre dans les bras de morphée en pensant à la tête que je tirerai demain matin en cours à 8h: il est 5 heures.
Je me lève et me rend compte que je ne m'étais pas démaquillée hier soir, comme quoi, mes priorités ne sont pas forcement essentielles. Je prend une douche, je tente de fair partir le noir de mes yeux avec du savon, bordel ça pique ce truc.
Je m'habille en quatrième vitesse : j'ai un peu traîné au lit. J'ouvre le frigo, je suis vraiment à la bourre, je finis le fromage et la rosette, il reste aussi du Sprite, ça fera l'affaire. L'essentiel comme le dit ma mère c'est « de ne pas partir le ventre vide le matin ». J'enfile une légère veste, tête dans le cul toujours, et file vers ma Clio blanche (et rouge, la portière a pris cher le mois dernier, du coup moi aussi j'ai casqué). Il fait froid, j'ai la flemme d'aller prendre une plus grosse veste. Il est 7h40 et j'ai au moins un quart d'heure de bouchons, autant dire que j'ai interet à prier pour être à l'heure en amphi.
Vingt huit minutes plus tard, je suis à la recherche d'une place pour me garer, autant dire que je peux faire une croix sur mon TD de recherche documentaire en bibliothèque (qui avait l'air passionnant d'ailleurs). Je me gare donc et file au bar le plus proche prendre mon café et fumer la première clope de la journée (vous savez, celle qu'on repousse jusqu'à plus tenir!). Je réalise alors que mon prochain cours est à 15h. « Et merde », je finis mon café, prends mon épave, direction appart, chambre et lit. Le café fait trop vite effet, je mate le plafond et finis par me dire que mieux vaut se reposer dans son lit que de regarder de la merde à la télé.
J'ai pas faim, pas soif, pas envie de cloper non plus, j'ai juste envie de parler à quelqu'un c'est dur parfois la solitude, en plus je me sens débile de pas être allée en cours, va falloir que je rattrape le cours sur une meuf à qui j'ai sûrement pas envie de parler mais à qui je dois le faire pour pas foirer mon semestre. Bon ok je suis assez cynique comme fille mais j'avoue parfois en faire trop, y'a des enfants qui fouillent dans des poubelles pour grailler et moi je me plains pour rien. Bref, je vais bien finir par me présenter. Je suis Anne, j'ai 21 ans, je suis en gros en master pour bosser dans l'administration et je me fais chier dans la vie. Je suis pas une bombe mais je suis pas laide, je suis drôle parfois, parfois moins. Je suis loin des gens que j'aime, en gros, j'habite dans la même ville que ma mère! Mon père s'est remarié en 2002 avec une Sud Africaine qu'il avait rencontré à un brunch alors qu'il était encore avec une Ecossaise. Enfin bref, il a un marmot de 4 ans et il habite donc à l'autre pôle pour faire court.
Sinon moi ben j'ai une petite soeur de 17 ans, Sophie, rigolote mais on est pas vraiment sur la même longueur d'onde, elle ce qu'elle aime c'est aller en boîte avec Jérémy, un mec de sa classe avec qui elle baise quand ma darone est partie elle aussi s'envoyer en l'air avec un Pompier de 36 piges. Autant dire que je sors pas d'une famille ordinaire, je dirai même plus, comment sortir normal d'une situation pareille.
Ce que j'aime c'est boire de la bière pendant des concerts nazes, le mouvement punk, dormir quand j'en ai l'occasion, pas avoir à me casser la tête pour m'habiller, ne pas me maquiller, ne pas me coiffer, me teindre en rousse et faire croire que j'en suis une vraie, les dessins animés sarcastiques, Rimbaud, les échecs, les films d'ados à deux francs qui s'appellent tous american quelquechose, dessiner à l'encre de chine, manger super gras, voyager seule, mon ordi (comme tout bon adolescent attardé qui se respecte), les sucettes en forme de coeur (les rouges), les sorties ciné, les balades au bord de l'eau, l'orage, la pluie, avoir des nouvelles de mon père, écouter de la folk avant de dormir et les mecs.
Je me sens pas si compliquée quand je fais cette liste (probablement tout sauf exhaustive), mais le problème que j'ai rime avec la dernière chose que j'aime : les mecs ou plutôt le mec.
Le jour où j'aurai vent qu'il existe vraiment, je ferai signe à ma mère et je pourrai enfin lui dire qu'elle s'est plantée de gars alors en épousant mon père (pour moi c'est lui qui s'est planté).
Ah la la je me sens comme Bridget Jones sauf que j'ai dix ans de moins qu'elle, et que j'ai même pas une once de prétendant décent (Hugh Grant est pas mal quand même non dans le film?Un peu vieux quand même).
Alors à savoir que j'ai des critères qui me font foncer dans le mur: je le veux brun pas très grand, type européen de l'est, caucasien amélioré à ma sauce. Je veux qu'il soit ni de droite ni de gauche, enfin le plus au centre possible, comme ça on aura pas trop de débats parce que je suis légèrement gauchiste mais que la politique me fait chier au plus haut point.
Ah oui je suis contradictoire aussi, du coup on me prend parfois pour une mytomane alors que je ne le suis pas. En gros, je suis névrosée alors que je sors à peine de l'adolescence. J'ai une poisse maladive en ce qui concerne -entre autres- les histoires de coeur. Ma famille n'est faite que de gens heureux de ne pas se savoir seuls, même malgré la distance de certains par rapport à leurs compagnons. Moi j'ai la vague habitude de ne pouvoir retenir un homme plus de quelques semaines. Je suis très solitaire, mais pas par choix. J'ai d'abord tenté d'aller voir un sexologue-psychologue je sais-pas-quoi qui m'a assuré que je n' « étais pas la seule dans ce cas et qu'il valait mieux que je me centre sur moi pour pas tomber dans une pseudo déprim parce que je me plains pour rien », c'est cher payé de l'insulte 55 € de l'heure non?
Bref case départ depuis 6 mois, pas un plan drague, pas un plan cul, pas un brin de tendresse même de mon meilleur ami qui préfère jouer à la play avec ses potes de Bordeaux (où il crèche depuis 6 mois maintenant).
Dans tout ce vacarme dans ma tête, j'ai oublié de regarder l'heure: je cherche mon téléphone, pas moyen de le trouver, ah c'est bon il est au fond de mon sac: 11h30, j'ai toujours pas faim, je cogite.
Les gens doivent me qualifier de prise de tête comme personne, mais comment avancer sans avoir de réflexion? Ca me fait penser à une citation de mon punk français préféré: didier super qui dit sans être ironique que c'est « quand on est convaincu qu'on a raison qu'on a plus besoin de se casser le cul à réfléchir ». C'est tellement vrai que je me prendrai le chou toute ma vie, enfin je pense (trop). Malgré tout, ma vie est à mon image, petite et prise de tête.
Et aussi parce que cette vidéo m'a presque fait pisser dessus de rire et aussi parce que j'ai la crève, une otite et que je vais me faire opérer des dents de sagesse dans une semaine. Et oui aussi parce que je ne vais plus me les cailler à ce point pendant 3 semaines! Vive l'interculturalité et mes 3 exams de demain que je devrais préparer au lieu d'écrire sur ce foutu blog. Bonne nuit!
